Jeudi 9 Mars

Jeudi 9 Mars
{Jeudi 9 Mars 2006}

On
étudie Souvenirs Pieux de Marguerite Yourcenar en français. Le texte qui me plait le plus parmi tout ceux que nous avons pu étudier cette année. Sa froideur et sa distance à ltre me fascine.
L'ê
tre humain n'est qu'une minuscule entité dans l'humanité mais si important pour lui même. Nous naissons un jour, sous un certain signe, à une certaine heure. Nous ne sommes qu'un corps, un nom, un numéro de maternité. La seule histoire que nous ayons est celle de ceux dont nous descendons. A la naissance nous ne sommes pas grand chose, c'est la suite de l'histoire qui est intéressante.
D
ans le fond, c'est vrai: nous sommes si ptentieux de croire au caractère intéressant de notre vie, si banale sur la forme. Elle a une valeur, comme toute vie humaine, mais pas plus que celle de sa voisine. Je suis née tel jour à telle heure à tel lieu. Quoi d'autre? Quelle importance ont ces données? Est-ce cela qui nous fini?
Un être, un corps, une âme... Mais quelle est sa force, sa valeur, son importance? Nous sommes 6 Milliards d'êtres humains sur la terre et pourtant nous nous considérons comme unique. Sommes nous réellement intéressants? ou d'une banalité sans fin? C'est étrange cela, en changeant d'échelle nous sommes tout ou rien... Considéré comme un être sur 6 milliards nous sommes une fourmi. Considéré comme un être à l'intérieur de nous même, nous sommes si grand.

# Posté le dimanche 05 mars 2006 10:39

Modifié le jeudi 05 juillet 2007 15:36

Samedi 11 Mars

Samedi 11 Mars
{ Samedi 11 MArs}
[18h54]


Notre week end joue les prolongations. Alerte rouge sur la haute Normandie parce qu'il tombe de la neige fondue. Résultat: voyage à Paris annulé. On n'a pas pour autant cours ce qui fait qu'a 9 heure la classe entière se retrouve au café de la tête de sanglier à la croix de pierre. On invite le prof à se joindre à la partie et le fond du bar se retrouve squatté par un groupe d'ados braillards (nous) qui chante (faux) sur des chansons plus ou moins pitoyable sorties d'un jux box (mais je crois que peu de gens ont eu droit à l'interprétation de Jonny Hallyday par Alesky...). Une chorale nous entonne "quand on a que l'amouuur", ALesky nous fait une démonstration de Makaréna (si si j'ai les preuves!), Jérémy nous fait son show sur Céline Dion (hum!) et nous répétons tous le "you" d'une chanson (seul mot de la chanson que nous comprenons). Joyeuse ambiance sur une première L privée de sortie. Soudainement nous devenons une classe soudée et heureuse. Moi qui n'y croyais plus, je vois ressurgir le printemps sous la neige. D'ailleurs ce matin, j'ai vu un crocus violet émerger de la neige. Si ce n'est pas un signe...
E
n sortant du café, je pue un mélange de tabac froid et de café, chose bien désagréable, mais la douche du soir à fait disparaître toute trace de l'univers enfumé des cafés. Seul mon écharpe et mon poncho sentent encore quelques peu les cadavres de fumée de bout d'herbes et de papiers.
On monte sur Mont-Saint-Aignan et par la fenêtre du bus, la vue sur les toits rouennais est magnifique. Sur les hauteurs, la neige à tout couvert, et le paysage est insolite. (merci MarieRoxane et Alesky... ;-)

Quant
à moi, je retrouve un sourire à accrocher à mes lèvres. Fini les soirées à regarder le plafond en se disant que tout va mal. J'en ai marre de faire la gueule. Je donne raison à Ariane "fais pas la tête, ils seront trop content de te rendre triste". Alors je retrouve ce que j'avais perdu. Enfin presque tout...

Ce
soir le ciel est rouge et violet, le soleil vient de se briser le long de l'horizon. Je contemple ce spectacle quotidien et pourtant si émouvant. Comment dire autrement que tout va pour le mieux (à quelques légères exceptions près) mais pas dans le meilleur des mondes (malheureusement).

# Posté le samedi 18 mars 2006 17:07

Modifié le samedi 25 mars 2006 09:56

Samedi 11 Mars

Samedi 11 Mars
[19h26]


Pourquoi j'écr
is? Tu es la énième personne à me le demander. Ce qui t'intrigue c'est ce journal à rayures qui traîne toujours dans mon sac. Tu le qualifies de journal intime, je nie. Journal oui, intime moins. Tu espérais peut-être y trouver la trace d'un amour potentiel. Ce genre de choses là, je ne l'écris plus. Pas. Ou, si, mais aux autres, aux « les intimes », nom que tu détestes, car ils font parti de ce monde, qui est le mien, étrange et secret à ton regard. Je suis bien incapable d'écrire dans un carnet mes sentiments les plus intimes. Les formuler autrement que dans mes pensées prouverait leur existence. Le problème est que j'ai peur qu'une main indiscrète vienne souiller mes lignes. Le problème est que je ne veux pas que mes yeux relisent les lignes de mes pensées les plus profondes. Le problème est que... Ce serait les accepter.
Alors, j'écri
s des choses plus banale... Banales mais qui ponctue ma vie ordinaire. Des réflexions survenues au cours de la journée, des choses qui m'ont marqués. Ce carnet est tel une fenêtre ouverte sur la sphère qui englobe mon monde. Autour de moi, les gens partagent leurs monde à deux ou trois, les liens qui les unissent sont ceux de l'amitié ou de l'amour. Egoïste, je ne veux pas partager mon monde profond et intime. Je le laisse entrevoir mais je ne le partage pas. C'est mon rapport au silence et à la solitude. Quand je suis avec les autres, j'essaie, je m'efforce de vivre dans le réel pour vivre avec eux. Le reste du temps je m'appartient à moi-même.
Mais po
urquoi j'écris ? Tu t'impatientes, tu trépignes. J'écris par besoin, un besoin profond de marquer mon passage sur cette terre. Certains se font artistes, architectes, hommes politiques ou simplement parents pour marquer leur brève vie dans notre humanité. Certains ont si bien réussi qu'on érige des plaques des médaillons, des sculptures, à leur gloire... Moi, je tente de saisir mon monde et de le mettre sous verre. Parfois j'ai l'impression de collectionner des papillons éphémères. Je les épingle sur des feuilles de papier, mais malgré tout, ils perdent leurs couleurs, leurs ailes deviennent de ternes poussières. La perte de la mémoire est ma hantise. Je ne sais pas pourquoi je m'attache tant à ce passé, que je déteste en partie. Je rêve d'effacer des pans entiers d'avant, pourtant je m'y accroche comme à une bouée.
Celle qu
e j'étais et celle que je suis sont deux personnes qui s'ignorent, tout en se connaissant intimement. Celle que j'étais à peu de souvenir, un passé qui est un ensemble incohérent et qui m'apparaît triste. Pourtant, quand je tourne les pages des albums, il me semble que ce monde enfantin qui me semble si sombre était d'une belle luminosité.
Ce qu
i me tétanise, c'est la perte de l'instant présent, de sa vivacité : toutes ces sensations du moment, que je ressens comme si j'étais à la fois dans le monde réel et dans ma sphère. Je vis l'instant dans le monde présent des vivants, mais les échos du bonheur résonnent longtemps dans mon c½ur, accompagné dans une voix d'angoisse qui chuchote... « tu vas oublier, tu vas oublier ». Alors, inlassablement, je garde trace, je consignes. Des dizaines de carnets encombrent mes étagères, additionnées de centaines de papiers volants perdus dans des feuilles de cours, planquées entre les pages des bouquins...
Pourtant, malgré mon attachement à ces pa
piers, je ne les relis guère. Je les sais présents, c'est suffisant. Me retrouver face à face avec celle que j'étais il y a six mois me fendrais le c½ur, car j'aurais oublié une partie des choses, et cela me plongerais dans la nostalgie du temps passé et heureux.
Si un jour on voulais me retrouver d'après mes vestiges, mes traces laissés au grés des pages, je serais toujours absente, car l'essentiel qui est mon essence ne restera toujours que connu de moi-même. Ce n'est qu'un fragment de ceux que j'appelle moi qui est caché derrière ces lignes. Un moi partiel et fragile qui pourrait disparaître d'un craquement d'allumette. Un tas de papier se consume vite, très vite. L'aspect éphémère m'attire et m'effraye. C'est comme quand je traverse le pont, que mes pensées divaguent et que je me dis que je pourrais marcher en équilibre sur la rambarde, au risque d'une chute. Cette pensée me tétanise, mais, pourtant, l'aventure est tentante.
Pourquoi j'écris ? tu y
tiens à ta question... Ne t'y ai-je pas déjà répondu ? En parti... mais l'interrogation est si vaste... Si la réponse était « je me demande qui je suis » ce ne serait qu'une infime partie du problème... Dans le fond je ne sais qu'a moitié pourquoi j'écris. Souvent je m'interroge sur le statu personnel des ces carnets. Quelle est la limite de l'intime ? Est-ce que je recherche un lecteur ? Quels lecteurs ?
Ma
vie n'est pas plus intéressante que celle des autres, mais, pourtant, je l'écris. On disait thérapie autobiographique ?
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# Posté le dimanche 19 mars 2006 12:55

Modifié le samedi 25 mars 2006 09:16

Samedi 11 Mars

Samedi 11 Mars

[22h50]


Affalé sur notre canapé, on regarde la télé. Elle chante en direct. Ca te fait rire que j'écrive ça. Tu sais bien que je n'aime pas qu'on lise par-dessus mon épaule... Les filles sur France2, ont, le soir des victoires, une personnalité... (non ne lis plus en même temps que je trace l'arrondi des lettres.)
...Et moi
je voudrais bien l'élaborer mon personnage. Chanson après chanson, les filles françaises se succèdent et me rendent bien admirative. Intriguentes, gracieuses, elles ont ce petit quelque chose personnel qui les rend différentes. Certaines ont crées leur personnages pour jouer à des jeux étranges, et moi, je voudrais enfin créer mon personnage pour apprendre à vivre. Je passe ma vie à lui courir après, à la chercher de part le monde. Elle m'appart par petits bouts, par ci, par la... Je devrais l'écrire pour me l'approprier.. .. Mon moment de créativité... mon personnage je ne sais qu peine comment le construire. Je me demande même si je ne joue pas avec les règles du jeu. Mais qu'importe. Mon personnage, je l'ai croisé dans une sorte de souk de l'est, dans une rue de Prague, à d'autres endroits, à travers d'autres gens, d'autres livres. Tant pis, je sais, elle est quelque part en moi. Le tout est de la trouver.

# Posté le dimanche 19 mars 2006 13:04

Modifié le samedi 25 mars 2006 09:25

Dimanche 5 Mars

Dimanche 5 Mars
{Dimanche 5 Mars 2006}
[17h49]


Un homme se balade sur le toit. Il danse. Etrange. Il doit être un rêveur hors du temps pour aller faire sa promenade sur les hauteurs. Ou fou, tout simplement, mais dans ce cas, l'illumination est dans le sourire. Il tournicote, et, finalement, escalade une cheminée. Ramasse du lichen sur les ardoise et les lance dans le trou. Il se penche, longtemps, longtemps, longtemps au dessus de la bouche béante. Il chante, assurément.

# Posté le dimanche 19 mars 2006 13:08

Modifié le samedi 25 mars 2006 09:33